Mais pourquoi ça serait à moi de faire des efforts ? Être allié face aux préjudiges

J’ai suivi (de loin) des discussions sur l’affaire Thuram, notamment sur les précautions à prendre pour en parler, et en profiter plus largement pour parler des violences conjugales en général, tout en évitant au maximum les récupérations racistes par l’extrême-droite. Si j’ai bien compris, une féministe blanche n’a pas aimée être reprise là-dessus et ça c’est envenimé. Au milieu des cordialités échangées, il y a eu l’argument « mais pourquoi, en tant que femme blanche, je devrais faire attention à ne pas être raciste, alors que lui, homme racisé, ne fait pas attention à ne pas être sexiste ? ».

C’est quelque chose qui revient régulièrement quand on parle d’intersectionnalité et j’aimerais expliquer cela une bonne foi pour toute.

La première raison, qui devrait être la plus évidente, c’est que, quand on joue à « c’est lui qui a commencé à être sexiste alors j’ai le droit d’être raciste », les personnes les plus pénalisées sont les femmes racisées, qui se retrouvent malgré elles au milieu d’un « débat » où elles n’ont rien à gagner et tout à perdre : pendant qu’on discute encore de « Le Racisme », i.e. ce que subissent les hommes racisés, et de « Le Sexisme », i.e. ce que subissent les femmes blanches, ce que les femmes racisées vivent reste hors-radar, invisible. J’ai pris l’exemple sexisme vs racisme, mais c’est à chaque fois pareil : dès que l’on essaye d’opposer deux axes, les vraies victimes sont celles qui se retrouvent à l’intersection.

La seconde raison, qui est plus profonde, est que la solidarité ne se mérite pas. Alors oui, je comprends le sentiment de trahison qu’on peut ressentir quand on travaille sur ses privilèges sur un axe A et qu’on voit des personnes opprimées sur cet axe se vautrer dans l’oppression sur un axe B où elles sont privilégiées et on est opprimés. Je le comprends d’autant mieux que j’ai vécu le « pff avec tout ce que je fais, c’est comme ça que je suis remerciée ! ». Sauf qu’on est pas antiraciste pour avoir les remerciements des personnes racisées, ou antisexiste pour avoir la gratitude des femmes : s’attendre à cela, et être déçu de ne pas l’avoir, est à nouveau une forme de privilège. On ne lutte pas pour être remercié, ou parce que les personnes opprimées le « méritent », ou pour s’en faire des alliés au sens comptable du terme (je t’aide à détruire le racisme et en échange tu m’aides à détruire le sexisme, mais si tu me « trahis » je fais volte-face, ha ha !). On lutte parce que c’est la seule chose juste à faire.

Oui, la biphobie existe

Je reviens de la lecture du deuxième numéro de suck my glock ! Il y a vraiment plein de choses chouettes dedans, du coup ça m’embête de le call out sur un aspect qui n’est pas central à son propos, mais ça me semble important.

Il y a déjà eu la «biphobie» pour laquelle j’ai eu un peu de mal. Je veux dire, je suis prête à être convaincue qu’il y a une spécificité de la biphobie, mais jusqu’à maintenant tous les exemples de biphobie qui m’ont été donnés étaient soient des choses qui pouvaient être exprimés en terme d’homophobie ou de lesbophobie, soit des exemples au final tout à fait propres à la communauté LGBT, et je ne pense pas qu’on puisse mettre sur le même plan une oppression systémique avec des sortes de normes alternatives propres à un certain milieu, aussi excluantes soient-elles. Mais bon, pourquoi pas ?

La première chose qui me gêne, c’est que quand on ne sait pas, on fait des recherches. Après, c’est un fanzine, pas une thèse de doctorat sur la biphobie au XXIème siècle en France, donc je peux fermer les yeux là-dessus.

Le second c’est que non, en tant que femme bisexuelle, je ne peux pas penser que ce que je subis en tant que femme-qui-aime-les-femmes comme de la lesbophobie. Parce que j’ai trop souvent été invitée à partir de milieux lesbiens qui craignaient sans doute que je les contamine avec ma présence impure pour arriver à m’identifier sous des étiquettes de « lesbienne » ou de « gouine ».

Je vais faire l’hypothèse (fausse) que la biphobie pourrait se résumer à « homophobie + la communauté LGBT est pas accueillante ». Même si ce n’était que cela, cela serait suffisant pour nécessiter un terme propre. Parce que, du coup, nous ne sommes nulle part à notre place. Les espaces LGBT sont à nous en tant que bis, on ne devrait pas avoir à justifier d’un pedigree, d’une « vraie oppression », pour pouvoir y rentrer. Nous sommes chez nous.

Enfin, vu que c’est le point qui semble déranger le plus, oui, il y a des exemples de biphobie perpétuées par « tout le monde » et même de la biphobie spécialement faite par des mecs hétéros (car tout le monde sait que seuls les mecs hétéros sont capables d’être oppressifs) :

  • l’invisibilisation de la bisexualité dans l’histoire et dans la fiction : je ne compte plus le nombre de personnes qui sont choquées quand j’ose dire quelque chose d’aussi radical que « Freddie Mercury était bisexuel ». Dans la fiction, les personnages bisexuels sont très rarement nommés comme tels (quand ils ne tombent pas dans « ah mais en fait j’ai toujours été homo » / « ce n’était qu’une aventure homo ça ne veut rien dire je reste hétéro », qui sont toutes les deux valides, juste qu’il y a une troisième voie aussi) : on en arrive au point où, pour parler de Jack Harkness, les scénaristes préfèrent utiliser un néologisme plutôt que d’utiliser un mot déjà disponible. L’invisibilisation va parfois tellement loin qu’on en vient à devoir justifier que oui, la bisexualité existe et qu’on est pas « des gays qui ne s’assument pas » (pour les bisexuels) ou « des hétéras qui font style » (pour les bisexuelles). [Exercice donné à la lectrice : seras-tu reconnaître la manière dont le sexisme influence la biphobie ?]
  • la sexualisation des femmes bisexuelles par les hommes hétéros. J’ai un peu du mal d’ailleurs à voir comment on peut reconnaître que les lesbiennes subissent cela et le nommer à juste titre lesbophobie en oubliant que les femmes bisexuelles subissent totalement cela aussi. Les « demandes » de plan à trois (pardon, la certitude qu’on va accepter un plan à trois et qu’on a un carnet d’adresse plein de bonasses bies et partantes là tout de suite), on les a aussi. On se retrouve d’ailleurs avec un risque de subir un viol de 46%, soit plus de trois fois plus élevé que les hétéras ou les lesbiennes.

Je ne dis pas que, régulièrement, « l’agenda bisexuel » ne va pas être, concrètement, de lutter contre l’homophobie ou la lesbophobie. Mais cela ne veut pas dire que la position des bisexuel-les soit d’être de suiveurs des gays et lesbiennes « naturellement » leaders et subissant les « vraies » oppressions.

Premières étapes d’acceptation

Je me suis engagée depuis plusieurs années sur le chemin de la fat-acceptance (« acceptation-du-gras »). La FA travaille à détruire les trois équations suivantes :

  1. Gros = mauvaise santé
  2. Gros = moche
  3. Gros = échec moral

Je vais ici raconter mon parcours pour parvenir à détruire ces trois « évidences » , en espérant que cela peut inspirer des personnes et surtout expliquer pourquoi ce parcours n’est pas évident pour toute-s.

La première étape est d’avoir toujours avoir eu des relations (sentimentales et sexuelles et « flirtuelles ») avec des personnes FA, c’est-à-dire qui ne m’ont jamais dit que je serais plus belle avec des kilos en moins, que je me « sentirais mieux », qui ne m’ont jamais dit « mais enfin je dis ça pour ton bien ». Je ne dis pas que je les ai toujours crues, ou que je ne les ai pas trouvé stupides de me croire jolie.

La seconde étape, qui a vraiment été déclencheuse d’une démarche active de FA,  a été de recevoir des massages. Cela a donné un énorme coup à l’équation 3 : mon corps avait besoin que j’en prenne soin et il le méritait.

La troisième étape a été de parcourir la blogosphère / tumblrsphère anglophone ; de lire des textes de FA qui attaquaient 1. 2. et 3.

La quatrième étape a été de me mettre à aller à la salle de sport. Cela m’a été possible parce que j’ai vu des femmes grosses et très sportives, que ce soit en vrai ou dans des oeuvres culturelles (coucou les pandarènes de World of Warcraft); qu’il y a eu une campagne de pub d’une salle de sport dans ma ville prenant comme égérie une femme ronde; et enfin, qu’une collègue me poussait avec insistance à l’accompagner. Aller faire du sport avec des instructeurs qui acceptent de reprendre les bases depuis le début, à base de « oui c’est normal que tu ressentes cela moi aussi, et en plus pour toi ça doit être encore plus dur », comprendre enfin que le sport est un plaisir et non pas une punition pour les vilains gros qui savent pas maigrir, voir son corps accomplir des choses et pas juste être un poids…

Bien, maintenant voyons quels sont les privilèges sur lesquels je me suis appuyée :

  • j’ai suffisamment d’argent pour me payer des massages, un abonnement à la salle de gym et un abonnement à WoW
  • j’ai suffisamment de patrimoine culturel pour comprendre sans problème l’anglais écrit
  • je vis et travail à proximité de salles de sport
  • je suis cis et donc le vestiaire dans lequel je peux me changer et prendre une douche est évident
  • je n’ai pas d’handicap qui me rendent la salle de sport inaccessible, les cours collectifs impossibles à suivre ou les mouvements impossibles à exécuter

C’est pour cela que je pense que si la FA est libératrice, nous devons garder en tête qu’elle est encore très très loin d’être accessible à toute-s.

Le drame de la taille 42

Je reprends le chemin du blog pour réagir à l’articles des Martiennes Avant, le 42 n’était pas une grande taille… mais ça c’était avant.. Je pense qu’il concentre pas mal de manières problématiques de faire de l’acceptation de tous les corps (size acceptance) et c’est du coup pour moi l’occasion de poser plein de choses à plat.

L’article parle de Sophie, qui fait du 42 et ne trouve pas à s’habiller. Premier soucis :

Attention, je tiens à préciser que Sophie est du genre liane blonde d’1,75m qui va à la salle de sport.

Le problème quand on est grosse, ou juste « pas mince », c’est qu’on doit se justifier, tout le temps. Parce que les gens s’imaginent qu’il suffit d’arrêter le nutella et se bouger un peu le cul pour mincir. Là, attention, Sophie va à la salle de sport, donc elle mérite d’avoir des vêtements à sa taille. Parce que quand tu n’y vas pas, parce que t’as pas le temps, pas l’argent ou pas l’envie, je suppose que tu le mérites moins ?

Le seul défaut physique de Sophie, c’est qu’elle est grande et qu’elle a des jambes de trois kilomètres, des seins, des hanches et des fesses de fille.

C’est n’importe quoi. Toutes les femmes ont des hanches, des fesses et des seins de filles, modulo celles qui n’ont pas de seins. Être une femme + avoir des hanches = avoir des hanches de fille. Qu’on soit très mince, très grosse, très sportive, en poire, en huit, en pyramide inversé ou en bouteille de Klein. Il n’y a pas de corps de femmes qui soient par nature « plus vrais » que les autres.

L’article explique ensuite qu’être mince, c’est signe de richesse + de baisabilité, donc plein de marques de fringues (dont je n’ai jamais entendu parler) refusent de faire des tenues qui risqueraient d’être portées par des moches. Et ce qui gêne, ce n’est pas cette hiérarchie, c’est que

les grandes, les athlétiques et toutes les « méridionales »

sont exclues de la catégorie « bonnasse ». On remarquera aussi la violence que se prennent les minces et très minces avec l’expression « fille-cintre ».

Au final, la conclusion est intéressante (même si on peut toujours s’interroger sur ce qui signifie exactement « beauté naturelle ») et appelle à revoir l’importance du physique et de la minceur en particulier, mais je trouve qu’elle est au final assez en contradiction avec les propos de l’article qui pourraient se résumer par « c’est pas juste, je ne suis plus au top de la hiérarchie de la beauté ».

Le privilège illusoire de la neutralité

Je discutais avec des connaissances du concept de « neutralité politique » quand je me suis rendue compte que pour certains, à savoir les hommes blancs hétéros 30-50 ans omnivores CSP+ cisgenres, il était possible de rester « neutre », c’est-à-dire de ne pas prendre parti. Ici, c’est encore plus fort que la saine modération, puis que, au lieu d’être dans une position intermédiaire entre deux extrêmes, il s’agit d’être carrément dans une position en-dehors de tout positionnement, justement.

Croire que l’on puisse être neutre est une illusion résultant d’un mode de vie « normal », dans le sens « dans les normes ». Ces personnes n’ont jamais vu leur mode de vie remis en cause, ils croient que la politique est de choisir entre des options existantes et non pas d’en créer de nouvelles, aussi ils ne peuvent concevoir une vie quotidienne qui est entièrement politique. Et pourtant,

  • Les personnes homosexuelles et bisexuelles savent totalement qu’embrasser la personne qu’on aime ou lui tenir la main dans la rue est un acte politique ;
  • Les personnes végétariennes et végétaliennes savent que manger est un acte politique ;
  • Plus généralement, les personnes véganes et écolos savent que tout ce que l’on consomme est un acte politique ;
  • Les personnes appartenant à des minorités linguistiques savent que parler est un acte politique ;
  • Les personnes religieuses savent que prier est un acte politique ;
  • Les personnes transexuelles et transgenres savent que s’habiller, s’épiler ou pas, être opéré-e ou pas, est un acte politique.

We need to be the change we wish to see in the world. Gandhi.

Visiblement, tous ne l’ont pas réaliser, mais ne serait-ce justement parce qu’ils ne souhaitent aucun changement ?

Être gros mais pas trop

Dans les commentaires l’article sur la modération de l’elfe (que décidément je cite dans tous mes posts), j’ai vu passé l’idée qu’être un peu gros genre en surpoids, ce n’était pas grave, mais par contre être vraiment trop gros, genre en obésité morbide, ça l’était quand même et que les deux n’avaient rien à voir.

Pour avoir vu ce genre d’argument utilisé dans la lutte contre l’homophobie, où des gays et lesbiennes « normaux » se plaignaient des « tarlouzes très efféminées et des camionneuses qui donnaient une mauvaise image de l’homosexualité à la marche des fiertés », je peux dire tout de suite que cet argument ne mène à rien. C’est une tentative désespérée de dire « oui, je suis différent, mais tous les stigmates que les gens normaux me mettent dessus, je ne les mérite pas, par contre la personne là-bas si. Je peux être intégré maintenant ? ». On pourrait appeler ça la technique du « trouver un bouc émissaire à taper à la récré pour éviter d’être désigné soi-même ».

Or, le vrai problème, c’est le processus qui fait qu’une personne va être exclue parce que « trop homo » ou « trop grosse », pas que le seuil entre « trop mais encore un peu acceptable, tiens prend un cookie » et « trop mais genre vraiment trop » soit mal placé. Végétariens, évitez d’utiliser l’argument du « mais au moins je mange des oeufs et des produits laitiers, pas comme ces tarés de végétaliens », ça ne peut que se retourner contre nous.

Pour en revenir à l’obésité dite « morbide » (quel nom magnifique), elle est effectivement associée à beaucoup de problèmes de santé, notamment une espérance de vie réduite de six ans si je ne me trompe pas. Qu’est-ce que cela signifie pour ces personnes ? Dans une société saine, cela voudrait dire qu’elles bénéficieraient d’une prévention accrue des maladies qu’elles ont plus de risque de développer (par exemple, des prises de sang régulière pour vérifier la glycémie afin de détecter et prendre en charge au plus tôt le diabète, ou des distributions de fiches expliquant comment éviter des phlébites). Au lieu de cela, ils et elles se prennent des réflexions débiles de toutes parts, alors qu’être gros, pas plus que d’être obèse ou « vraiment très très obèse » sont des prédicateurs efficaces de la valeur d’une personne, qui peut être, ou pas, drôle, gentille, créative, curieuse, cultivée, brillante, sensible.

De la même manière, c’est une très, très mauvaise idée que de se retourner sur les personnes « vraiment trop maigres » pour déverser sa haine et ses jugements gratuits, à grand coup de « j’ai peut-être un gros cul mais au moins j’ai des seins, lalala ». Avoir des gros seins ne rend toujours pas intelligent, drôle ou créatif et désigner quelqu’un à la récré n’est toujours pas constructif. Les personnes très minces ne le sont pas toujours par choix, et même si elles le faisaient « pour correspondre à l’image des magazines en mangeant des courgettes sans la peau parce que sinon c’est trop gras », serait-ce une raison pour leur déverser encore plus de violence dessus ?

Moraliser la nourriture ?

Parmi les reproches qui sont fait au végétarisme/végétalisme, est celui de « moraliser la nourriture ». Soit-disant que la nourriture serait généralement moralement neutre et que les méchants végés viendraient mettre de la morale où il ne devrait pas en avoir.

Je ne sais pas où ces personnes doivent vivre, mais ce doit être un paradis sans magazine féminin ni aucune pression sociale. Parce que, dans ma réalité, les carottes râpées crues natures, c’est Bien, alors que les chips ou le chocolat, c’est Mal. La preuve, même les industries qui produisent du chocolat le vendent comme un « petit plaisir coupable qu’on peut s’accorder ». Pourquoi le plaisir de manger du chocolat serait-il plus coupable que celui de se prendre un thé chaud ? La vérité, c’est que la moralité d’un aliment est inversement proportionnelle à son taux de sucre et de graisse. Pourtant, il n’y aucune différence morale entre une carotte et une pomme de terre, ou entre une olive et un abricot.

Oh, je le sais que trop bien, il s’agit d’un discours de santé public, comme quoi nous sommes tous d’horribles gros ne mangeant avec Modération TM, et qu’il faut nous culpabiliser de manger trop gras / trop sucré / trop salé, pour notre Bien, et notre Bien est évidemment notre Santé. La question que je pose alors est : même s’il est vrai qu’un IMC éloigné de 20 est corrélé avec une moins bonne santé, pourquoi est-ce toujours le poids d’une personne que l’on cherche à améliorer dès que l’on parle d’être en meilleure santé ? Est-ce que se coucher à heure fixe, prendre le soleil tous les jours, arrêtez l’alcool, s’engager dans une psychothérapie, consulter régulièrement un ostéopathe ne sont pas des manières tout aussi valables d’améliorer sa santé, sans que pour autant ce ne soient des obsessions sociales ? On remarquera aussi que les protéines sont toujours vues comme Bonnes, alors que leur excès est malsain (prise de poids, mais aussi fatigue rénale), de même que les régimes, alors que eux aussi sont malsains.

On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi « optimiser sa santé » est une vertu morale. Il y a plein de cas où on échange un peu de santé pour du plaisir, en acceptant par exemple de se faire irradier lors d’un vol long courrier pour aller en vacances, ou en faisant du sport « intensif » pouvant provoquer de multiples formes de blessures. Pourquoi serait-il moralement plus acceptable de fatiguer ses articulations à force de course à pied que de surpoids ?

Evidemment, je n’encourage pas à boire de l’huile à la bouteille (mais quel plaisir en retirer ?) ou ne trouve pas que les personnes cherchant à optimiser leur santé font le « mauvais choix ». Ce serait absurde, car n’aurait pour effet de remplacer une norme par une autre. Seulement, je pense que consacrer du temps à la musique, via la pratique d’un instrument, la recherche de nouvelles techniques… est moralement neutre, comme peut l’être la recherche de la santé, par la pratique d’un sort et une alimentation « optimale ».

Passons maintenant au végétarisme et au végétalisme. La différence entre une tartine de beurre et une tartine de purée d’amande, c’est que la tartine de beurre a nécessité, pour être produite, la mort d’un veau et la souffrance d’une vache. A comparer avec la tartine avec *beaucoup* de purée d’amande qui, au pire, vous fera prendre un kg. Il est particulièrement symptomatique de notre société qu’elle mette sur le même plan la mort et la souffrance d’être vivants avec la prise de poids. Je pense aussi que c’est à cause de cette moralisation du « sain » et du « mince », que de nombreuses associations de défense du végétarisme et du végétalisme soutiennent qu’une alimentation végétale rend mince. Après tout, comment pourrait-il être concevable, dans notre société, qu’une alimentation plus morale ne rende pas mince et en meilleure santé ?