Être gros mais pas trop

Dans les commentaires l’article sur la modération de l’elfe (que décidément je cite dans tous mes posts), j’ai vu passé l’idée qu’être un peu gros genre en surpoids, ce n’était pas grave, mais par contre être vraiment trop gros, genre en obésité morbide, ça l’était quand même et que les deux n’avaient rien à voir.

Pour avoir vu ce genre d’argument utilisé dans la lutte contre l’homophobie, où des gays et lesbiennes « normaux » se plaignaient des « tarlouzes très efféminées et des camionneuses qui donnaient une mauvaise image de l’homosexualité à la marche des fiertés », je peux dire tout de suite que cet argument ne mène à rien. C’est une tentative désespérée de dire « oui, je suis différent, mais tous les stigmates que les gens normaux me mettent dessus, je ne les mérite pas, par contre la personne là-bas si. Je peux être intégré maintenant ? ». On pourrait appeler ça la technique du « trouver un bouc émissaire à taper à la récré pour éviter d’être désigné soi-même ».

Or, le vrai problème, c’est le processus qui fait qu’une personne va être exclue parce que « trop homo » ou « trop grosse », pas que le seuil entre « trop mais encore un peu acceptable, tiens prend un cookie » et « trop mais genre vraiment trop » soit mal placé. Végétariens, évitez d’utiliser l’argument du « mais au moins je mange des oeufs et des produits laitiers, pas comme ces tarés de végétaliens », ça ne peut que se retourner contre nous.

Pour en revenir à l’obésité dite « morbide » (quel nom magnifique), elle est effectivement associée à beaucoup de problèmes de santé, notamment une espérance de vie réduite de six ans si je ne me trompe pas. Qu’est-ce que cela signifie pour ces personnes ? Dans une société saine, cela voudrait dire qu’elles bénéficieraient d’une prévention accrue des maladies qu’elles ont plus de risque de développer (par exemple, des prises de sang régulière pour vérifier la glycémie afin de détecter et prendre en charge au plus tôt le diabète, ou des distributions de fiches expliquant comment éviter des phlébites). Au lieu de cela, ils et elles se prennent des réflexions débiles de toutes parts, alors qu’être gros, pas plus que d’être obèse ou « vraiment très très obèse » sont des prédicateurs efficaces de la valeur d’une personne, qui peut être, ou pas, drôle, gentille, créative, curieuse, cultivée, brillante, sensible.

De la même manière, c’est une très, très mauvaise idée que de se retourner sur les personnes « vraiment trop maigres » pour déverser sa haine et ses jugements gratuits, à grand coup de « j’ai peut-être un gros cul mais au moins j’ai des seins, lalala ». Avoir des gros seins ne rend toujours pas intelligent, drôle ou créatif et désigner quelqu’un à la récré n’est toujours pas constructif. Les personnes très minces ne le sont pas toujours par choix, et même si elles le faisaient « pour correspondre à l’image des magazines en mangeant des courgettes sans la peau parce que sinon c’est trop gras », serait-ce une raison pour leur déverser encore plus de violence dessus ?

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4 réponses à “Être gros mais pas trop

  1. Entièrement d’accord encore une fois!
    Les gros sont victimes d’un véritable racisme. La société les encourage à se haïr. on a même plus le droit de dire « gros ». c’est vrai que « gros » est relatif, mais pas plus que maigre, jeune, vieux, des mots que j’utilise sans forcément les définir précisément et les gens comprennent de quoi je parle et ne m’en veulent pas. Mais « gros » c’est tabou.
    Quand tu respectes les gens tu peux dire d’un gros qu’il est gros, d’un noir qu’il est noir, d’un juif qu’il est juif, d’une vieille qu’elle est vieilles. Mais on respecte pas les gens dans la société. Il faut toujours coller à des normes.

    Je connais pas mal de maigres (surtout des femmes) qui se font traiter d’anorexiques, alors qu’elles sont juste maigres. C’est aussi un effet de la mode de la maigreur, de la stigmatisation de la graisse. Au risque de tomber dans le culte de la Modération, de la graisse tout le monde en a. Sauf que personne n’en a exactement la même quantité dans les mêmes endroits.

    C’est sur, être gros c’est des problèmes de santé au bout d’un certain seuil de surpoids, (comme être vraiment trop maigre) mais personne ne mérite de se faire manquer de respect pour son apparence, personne ne mérite d’être malheureux; un obèse n’est qu’une personne qui a un mode de vie peu adaptée pour sa génétique, comme quasiment tout le monde, sauf que c’est plus évident au premier regard. Mais la plupart des gens ont une mauvaise hygiène de vie, même s’ils ne sont pas tous en surpoids.

    On dirait que dans l’imaginaire collectif, le gros incarne les excès de la société de consommation. La société est bien cruelle, puisqu’à la fois elle fait grossir les gens et stigmatique le surpoids.

    • Je suis ravie que l’on soit d’accord, car parfois sur vegeweb, j’avais l’impression qu’on avait du mal à se comprendre. Mais, à l’époque, j’étais une “grosse qui n’assume pas”, c’est-à-dire que je cherchais à “oublier” mon surpoids. C’est absurde, pourquoi devrais-je plus oublier mon surpoids que ma mauvaise habitude de me ronger les ongles ou de prendre des douches “trop longues” ?

      En fait, je pense que quand j’entendais “tu es grosse”, j’entendais tous les jugements moraux de la société. C’est comme quand tu dis “tarlouze” ou “pédé”, c’est pas neutre comme peut l’être “homo” ou “gay”. La société déteste tellement les gros qu’elle a arrivé à charger très fortement en émotion et jugement un mot neutre.

      Par contre, je n’aime pas parler de “racisme antigros”. Le racisme, c’est une idéologie particulière et en tant que blanche, je n’ai pas à prendre ce mot. « Stigmatisation des gros » me va mieux, ou « grossophobie », traduction moche de « fatphobia ».

  2. Bon je vais parler en tant que « grosse » et ce terme ne me dérange pas du tout en fait. Il ne me blesse pas, il est juste objectif. Mais je sais bien qu’il est super connoté et que pas mal de gens ne supportent pas ce terme…

    En fait je vis avec mon surpoids et je me trouve très jolie avec. Je ne suis pas malheureuse et rien et je pense que ca se ressent. La confiance en soi est un élément essentiel je pense.

    Mais j’ai toujours du mal avec un certain type d’obèse… Je m’explique. On voit de plus en plus de reportages sur des obèses « morbides » qui s’assument. La personne a du mal a se mouvoir, est tout le temps essoufflé et pourtant ca lui va très bien. Moi je trouve que la il y a un soucis… C’est limite malsain pour moi. Cette personne avait même un compagnon qui avait quitté son ex femme parce que cette derniere devait se faire mettre un anneau gastrique. Je sais c’est un peu extreme comme exemple mais ca m’a révolté.

    On peu être gros autant qu’on veut tant que ca ne pose pas de soucis dans la vie de tous les jours, pas de soucis de santé et rien.

    Bien sûr il ne faut pas oublier que derriere la personne obèse ou grosse ou quoi que ce soit se cache quelqu’un avec des qualités et des defaults mais ca me semble évident…

    • Je dirais que ça se rapproche finalement assez vite des problèmes liés au tabac ou à l’alcool : être « gros » n’est franchement pas un problème en soi, c’est évident.
      Mais si les gens mettent leur vie en danger par leur comportement irréfléchi (et là je parle uniquement du cas où l’obésité « morbide » est causée par un style de vie inadapté… d’ailleurs il serait intéressant de savoir si l’obésité morbide peut survenir chez n’importe qui comme n’importe quelle maladie ou si il y a toujours une part de responsabilité chez la personne atteinte), il est normal de considérer que ces personnes devraient peut-être être informés ou aidés, comme ceux qui se fabriquent leur petit cancer du poumon personnel ou ceux qui se détruisent le foie par l’alcool.

      Petite remarque sur le terme « gros » : en fait, bien sûr que le terme « gros » ne devrait pas être une insulte, puisque c’est un simple jugement visuel sur la silhouette d’une personne, mais on peut quand même argumenter que ça signifie en théorie surtout être « plus gros que la moyenne ». On peut même considérer que ce n’est pas forcément la moyenne qui compte (aux USA, d’après ce qu’on dit, les taux d’obésité dans la population grimpent en flèche ; pourtant je suis persuadé que le poids considéré comme « normal » ou « idéal » n’évolue peu ou proue et doit se situer dans l’esprit collectif aux alentours de la moyenne des femmes photographiés dans les magazines de mode ou représentés dans les stupides annonces publicitaires sexistes).
      Donc au final, ce qui compte surtout, c’est les standards ; même si seul 1% de la population était vraiment « mince comme il faut », toute la population « hors norme » serait considérée comme « grosse », alors qu’en moyenne sur la population elles auraient un poids correspondant justement à la moyenne…

      Tout ça pour dire que « se considérer comme gros », ben, même quand ce n’est pas un refoulement de sentiments douloureux ou une manière de se protéger contre la stigmatisation et les humiliations subies qui sont symptomatiques de notre société pourrie jusqu’à la moelle, je trouve que ça demeure un peu « accepter » les standards de la société, et accepter de dire « oui je suis « anormal(e) » (au sens de pas dans la norme stéréotypique imposée, qui n’est pas forcément une moyenne sur la population), et j’accepte le fait que je ne suis pas parmi ceux qui ne sont pas considérés comme « gros » (selon la définition qu’en donne la société) ».
      Donc, on dirait que c’est comme accepter et en fait d’une certaine manière cautionner, à la fois les stéréotypes, mais aussi par implication les réactions violentes que les gens subissent dans notre société lorsqu’ils sont considérés et jugés comme « pas dans la norme ».

      Je trouve qu’on gagnerait plus à essayer au contraire de détruire le mythe des « gros » et des « maigres » : on peut comparer deux personnes entre elles, c’est évident, et dire que l’une est plus grosse que l’autre, mais juger une personne « dans l’absolu », comme si on la comparait à un idéal quasiment mystique, sacré même (selon religion si répandue de la Très Sainte Consommation, cf youtube), je trouve cela, pardonnez-moi, un peu « gros »… et ce même si c’est la personne qui se juge elle-même librement (mais libre jusqu’à quel point ? peut-être pas au niveau des normes imposées…)

      désolé pour le pavé, et bonne journée 🙂

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